Mardi 8 septembre, 19 h 14, heure de Montréal, et on remet ça : départ là où l'étape précédente s'était arrêtée, à l'est de Mińsk Mazowiecki, vers 175 mètres d'altitude, sur la Wysoczyzna Kałuszyńska, ce plateau morainique qui avale les kilomètres sans qu'on s'en aperçoive. La nuit tombe tôt en septembre, mais le home trainer, lui, ne regarde jamais par la fenêtre.
On roule toujours dans le couloir du vieux Trakt Brzeski, cette première route empierrée du royaume, ouverte en 1823 pour relier Varsovie à Brześć ; la ligne de chemin de fer Varsovie–Terespol, achevée en 1867, lui court après comme un signe que la frontière approche.
Le plateau grignote encore un peu, jusqu'à 190, puis redescend sans prévenir vers 150 : le col invisible de la Mazovie, celui qui ne paie pas de mine mais se lit au compteur... Le tracé longe justement Kałuszyn par le sud, ce bourg né de la grand-route, entré dans l'histoire les 11 et 12 septembre 1939, quand la 1re division d'infanterie de légionnaires, encerclée, reprit la ville de nuit : le 4e escadron du 11e régiment de uhlans chargea sabre au clair derrière le lieutenant Żyliński, 85 cavaliers, 33 morts, l'une des belles victoires polonaises de la campagne ; le bourg en sortit presque détruit, et sa communauté juive, nombreuse avant-guerre, fut déportée vers le ghetto de Varsovie et Treblinka.
Ensuite, champs et bouquets de pins, plein est dans le crépuscule, et l'on s'arrête après une bonne trentaine de kilomètres, en 1 h 22, au nord-ouest de Siedlce.
Siedlce, on la garde pour la prochaine fois, avec son palais des Ogiński, son vieil hôtel de ville à la toiture singulière et sa mémoire d'insurrection de 1863 ; ses deux petites rivières, la Muchawka et la Helenka, n'auront qu'à bien se tenir quand le compteur déboulera chez elles.
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